“La révolte des innocents”, fiction tirée des faits sur l'affaire des Vermiraux, mardi 20 novembre sur France 3

Mis en ligne par jeudi 1 novembre 2018 398
“La révolte des innocents”, fiction tirée des faits sur l'affaire des Vermiraux, mardi 20 novembre sur France 3

Mardi 20 novembre à 21:00, France 3 diffusera “La révolte des innocents”, fiction tirée de faits réels sur l'affaire des Vermiraux qui a marqué un tournant dans l’histoire de la justice des mineurs.

Cette fiction tirée de faits réels raconte l'histoire d'enfants négligés et maltraités de l'institution des Vermiraux. Cette affaire permettra de faire naître l'une des premières lois de protection des mineurs.

L'histoire en quelques lignes...

En 1911, Louise Perreau a du mal à élever son fils Gaston, gamin vif, âgé d’une dizaine d’années. Un nouvel emploi à Paris lui permet d'espérer améliorer son quotidien et pouvoir payer un logement décent pour elle et son fils. D'ici là, elle doit placer Gaston aux Vermiraux, un établissement qui accueille des jeunes gens, où ils sont censés recevoir une bonne éducation. Ce qui est présenté comme un sanatorium est en réalité un lieu de maltraitance et d’exploitation. Une révolte éclate, les lieux sont saccagés, des gardiens molestés. Un jeune juge entame une procédure à l’encontre des meneurs de la révolte mais également contre les gérants de l’institution : Armand Sandrin et Joséphine Poliveau, deux notables de la région.

Entretien avec le réalisateur Philippe Niang

Vous avez choisi d’évoquer la maltraitance des enfants à travers une affaire qui remonte au début du XXe siècle. Pourquoi ?

Philippe Niang : Je suis intimement concerné par cette histoire. Il s’agit d’un fait divers qui s’est déroulé dans le Morvan dans un lieu à proximité de celui où moi-même j’ai grandi, élevé par une nourrice. Quand on était enfants, on nous disait : « Si tu n’es pas sage, t’iras aux Vermiraux. » Cet endroit est gravé dans l’imaginaire collectif de la région. Il m’a toujours interpellé. Le centenaire de la révolte des petits colons et du procès qui s’en est suivi, en 2011, a été l’occasion de ressusciter les événements. C’est là qu’a commencé à germer chez moi l’idée d’une fiction sur le sujet. Ayant une vraie passion pour les films historiques, c’est le quatrième que j’écris et réalise, s’offrait à moi l’opportunité de revisiter cette période d’avant-guerre que fut « La belle époque ». Nous sommes là cinq ans après la réhabilitation de Dreyfus.

On voit peu sur les écrans de films dits « en costumes ». Est-ce parce que cela coûte trop cher ?

Ph. N. : Tout ça est affaire de production. Je ne pouvais pas proposer ce genre de projet à n’importe quel producteur. J’ai opté pour Kien Productions, car David Kodsi a, comme moi, à travers ses nombreuses productions, ce goût de l’histoire et du questionnement des faits souvent restés sans réponses. A cela s’ajoute son savoir-faire sur ce genre de sujet, qui est la marque de fabrique de Kien Productions. Quand je lui ai proposé ce projet, il venait de connaître un très beau succès d’audience et critique avec Elles… Les Filles du Plessis, qui traitait d’un thème similaire. J’ai coutume de dire que les films en costumes sont aussi des films de producteurs, car ils nécessitent des moyens autres que les films contemporains. Il faut vraiment soigner les décors, les costumes, les coiffures, les véhicules, la figuration. Bien sûr que cela coûte un peu plus cher, mais l’optimisation de ces moyens requiert l’adhésion et l’implication totale du producteur, ainsi qu’une bonne gestion de la production en complicité avec le réalisateur. David Kodsi m’a donné les moyens de faire le film que je voulais faire et je lui en rends grâce.

L’affaire des Vermiraux marque un tournant dans l’histoire de la justice des mineurs…

Ph. N. : On plaçait aux Vermiraux des gamins abandonnés, malades ou délinquants… Maltraités, exploités, affamés, ils ont fini par se rebeller. Ce qu’il est capital de dire, c’est que cette révolte va donner suite à un procès retentissant. Contre toute attente, le juge d’instruction choisit de croire les mineurs et instruit à charge contre les deux « Thénardier », les gestionnaires de l’institution, qui au terme d’une année de procédure vont être condamnés à des peines de prison et de lourdes amendes. Condamnations improbables car les « Thénardier » bénéficiaient du soutien des notables du coin dont ils faisaient partie. C’est la première fois en France que la parole des enfants est entendue. Un an après le procès sera créé, en juillet 1912, le premier tribunal pour enfants. Jusque-là, ils étaient considérés comme des adultes en devenir et n’avaient pas de statut particulier. Dans cette lignée, il faudra attendre « l’ordonnance des mineurs de 1945 » pour qu’apparaisse le personnage de juge des enfants.

Est-ce que le film est fidèle à l’histoire ? Comment avez-vous procédé pour vous documenter ?

Ph. N. : L’affaire a été largement couverte par la presse. À l’époque, il y avait des centaines de journaux en France. Les documents ne manquent donc pas. Mais je pense que sans Gabriel Latouche, journaliste à L’Éclair, le procès n’aurait probablement pas abouti. Grâce au Net, j’ai eu accès à toutes les étapes de la procédure, aux comptes rendus du procès, au réquisitoire… Le film est très largement basé sur la réalité, mais je me suis réapproprié le fait divers pour l’incarner et en faire une fiction. Ce qui m’importait, c’était de redonner une identité à ces gamins-là, essentialisés comme des vauriens, privés d’existence. La fiction permet en outre d’apporter, à ce genre de faits-divers, une dimension émotionnelle qui touche les gens et les amène à la compassion. C’est par le biais de l’émotion que l’histoire s’incarne en s’affranchissant des dates et des événements.

Vous êtes retourné sur vos terres pour le tournage… Comment s’est-il déroulé ?

Ph. N. : C’est le troisième film que je tourne dans les mêmes lieux. Je connais la région dans les moindres recoins, ce qui facilite bien les choses. Mais, dans ce cas précis, j’aurais difficilement pu tourner ailleurs que là où les faits se sont déroulés ! Il faut dire aussi que nous avons eu une aide conséquente de la région Bourgogne-Franche-Comté et que la mairie d’Avallon nous a donné les clefs de la ville et mis à disposition plusieurs locaux gratuitement. Nous avons tourné vingt et un jours, ce qui est peu pour un film en costumes. L’ambiance était extraordinaire malgré des conditions difficiles : il faisait très froid, on a eu de la pluie, de la neige… Et pourtant les enfants se sont totalement impliqués dans le tournage. Je crois que le sujet leur parlait. Quand j’ai tourné la scène de la révolte, j’avais beau hurler « Coupez ! » ils continuaient à jouer.

En quoi l’affaire Vermiraux est-elle encore d’actualité ?

Ph. N. : Ce qui était très important pour moi, c’était de placer le film dans la lignée de la parole des enfants et de montrer comment un fait divers comme celui-là a pu infléchir le regard des politiques de l’époque. Il me semble que La Révolte des innocents est vraiment une fiction de service public, avec une résonance actuelle. A cet égard je remercie Anne Holmes, directrice de la fiction, qui a permis ce projet. Résonnance, car, aujourd’hui, que faisons-nous de nos jeunes délinquants : de ces bandes qui s’entretuent avec des couteaux, des barres de fer ? Entre la prison pour mineurs, où on les met trop souvent, et les centres éducatifs fermés, onéreux et compliqués à gérer, le débat reste entier. Si on peut parler de ce problème, très préoccupant, à travers l’affaire des Vermiraux, tant mieux.

Dernière modification le jeudi, 01 novembre 2018 12:50
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